Požarevac, petite ville à grandes histoires

À seulement soixante-quinze kilomètres de Belgrade, Požarevac surprend par ce contraste

À seulement soixante-quinze kilomètres de Belgrade, Požarevac surprend par ce contraste rare : une ville modeste par son étendue, mais prestigieuse par les événements qu’elle a traversés. Dans cette plaine de l’Est serbe se sont décidées des frontières, des pouvoirs, et parfois même des destins impériaux. Il suffit de s’y arrêter un instant pour que la ville révé­ler son importance.

L'origine du nom

Son nom porte déjà un récit : en serbe, požar signifie feu. Požarevac serait donc, littéralement, « la ville du feu ». Certains y voient l’empreinte d’un incendie, d’autres préfèrent la légende du seigneur Zmaj Ognjeni Vuk, qui aurait incendié les roseaux d’un marais pour débusquer des soldats ottomans. Le feu comme métaphore, le feu comme mémoire.

L'histoire de Požarevac

Fondée officiellement en 1467, la ville existait déjà avant comme lieu d’habitat stratégique, au croisement de trois fleuves. Pourtant, ce sont ses « entrées » dans l’Histoire qui la rendent exceptionnelle.

En 1718, Požarevac se trouve au cœur d’un coup d’éclat diplomatique : le Traité de Požarevac met fin à la guerre austro-ottomane et redessine la carte des Balkans. Belgrade et plusieurs territoires passent sous contrôle habsbourgeois, l’Empire ottoman recule. Pour quelques mois, cette ville devient le lieu où se décide l’équilibre en Europe du Sud-Est.

Au début du XIXᵉ siècle, le prince Miloš Obrenović fait de Požarevac sa seconde capitale et y installe en 1821 le premier tribunal moderne de Serbie. Le pouvoir se structure, l’État se reconstruit, et Požarevac affiche son ambition. Lors du recensement de 1834, le district de Požarevac est le plus peuplé après Belgrade, preuve que la ville ne se contente pas de briller : elle attire.

Contenu adapté à partir d’une œuvre sous licence CC BY-SA 4.0 – auteur original : Ljupko Curcic, source : File:Ljupko Curcic – Okruzni sud u Pozarevcu, Srbija.jpg – Wikimedia Commons

Požarevac, mémoire de l’Empire

Mais pour comprendre l’ampleur de son influence, il faut remonter encore plus loin. À Kostolac, l’une des deux municipalités formant la ville actuelle, se trouve Viminacium, ancienne capitale romaine et camp de la Légion VII Claudia : amphithéâtre de 12 000 places, thermes, quartiers résidentiels, plus de 16 000 tombes fouillées et même un mammouth fossile. 

Le site est l’un des plus riches de son genre en Europe du Sud-Est. Une entreprise locale justement, Drvo AS (société de bois à Ćirikovac, village entre Požarevac et Kostolac), a contribué à la construction du musée de Viminacium en produisant les portes en bois : un bel exemple de patrimoine ancien relié à l’économie d’aujourd’hui.

Contenu adapté à partir d’une œuvre sous licence CC BY-SA 4.0 – auteur original : Tosva, source : File:Eksponat Narodni muzej Pozarevac 05.jpg – Wikimedia Commons.

Čačalica, mémoire de Požarevac

Surplombant tout, la colline Čačalica (208 m) domine Požarevac comme un poste de veille silencieux. Son relief doux contraste avec la charge historique qu’elle porte. Le parc-mémorial qui s’y déploie n’est pas seulement un espace de verdure : il est un lieu de recueillement, dédié aux résistants de la Deuxième Guerre mondiale, à leur courage, à leurs sacrifices. Les sentiers invitent à la marche lente, presque respectueuse, tandis que le calme environnant amplifie la solennité du lieu.
Au sommet, le monument « Zvezda » pointe vers l’horizon. Épuré et puissant, il capte la lumière et le regard, reliant le passé au présent. Ici, la mémoire s’élève, et la contemplation s’impose naturellement, entre ciel ouvert et histoire gravée dans le silence.

Contenu adapté à partir d’une œuvre sous licence CC BY-SA 4.0 – auteur original : Bojan Cvetanović, source : File:Spomenik slobode i pobede nad fašizmom „Zvezda“, Požarevac.jpg – Wikimedia Commons.

Požarevac en fête : Jeux de Ljubičevo

Mais Požarevac sait aussi faire la fête. Chaque début septembre depuis 1964, les Jeux équestres de Ljubičevo transforment la ville en un théâtre vivant de tradition et d’émotion. Nés autour du haras de Ljubičevo, l’une des plus anciennes installations équestres de Serbie — fondée au XIXᵉ siècle sur ordre du prince Miloš Obrenović et renommée par son fils en hommage à la princesse Ljubica — ces jeux célèbrent le cheval, l’adresse des cavaliers et les valeurs de bravoure qui font partie de l’âme locale.

Durant trois jours, Požarevac s’anime d’un carnaval de parades historiques, de courses effrénées, de concours de saut, de relais et d’épreuves spectaculaires mêlant habileté médiévale et sport équestre. Parmi les moments forts figure le prestigieux Ljubičevski višeboj, un pentathlon où les compétiteurs démontrent leur maîtrise au sabre, à l’arc, au lancer de lance ou encore en relais — un hommage vivant aux arts chevaleresques d’autrefois.

Mais les jeux ne se limitent pas à l’hippodrome : ils envahissent la ville. Un grand défilé accueille habitants et visiteurs dans les rues de Požarevac, suivi de concerts, d’animations et de moments festifs qui font de cet événement un rendez-vous culturel majeur du calendrier local. Chaque édition attire des milliers de spectateurs, venus applaudir les performances sportives, mais aussi profiter de la musique, des spectacles et de l’atmosphère conviviale qui règne jusqu’à tard dans la nuit.

Ainsi, pendant que l’hippodrome célèbre la force et l’agilité du cheval, Požarevac s’embrase de joie et de couleurs : une ville d’histoire qui, chaque année, troque ses airs de bastion culturel pour ceux d’une arène populaire où tradition et festivités se mêlent avec éclat.

Figures marquantes de Požarevac

Požarevac ne se raconte pas seulement à travers ses pierres ou ses paysages, mais aussi à travers les femmes et les hommes qui ont marqué son histoire. De la lutte pour l’indépendance à la création artistique moderne, la ville a vu naître ou s’épanouir des figures dont l’influence dépasse largement les frontières locales.

Milenko Stojković (1769–1831) fut l’un des chefs militaires majeurs du Premier soulèvement serbe contre l’Empire ottoman. Commandant respecté, il joua un rôle décisif dans la libération de l’est de la Serbie, notamment dans la région de Požarevac. Stratège redoutable, il incarne la transition entre la résistance locale et la naissance d’un État serbe moderne. Son action s’inscrit dans un mouvement plus large d’émancipation des peuples balkaniques, faisant de lui une figure importante non seulement pour la Serbie, mais pour l’histoire européenne des luttes nationales.

Petar Dobrnjac, autre commandant du Premier soulèvement serbe, est connu pour son courage et son rôle dans plusieurs batailles clés face aux forces ottomanes. Il représente l’image du chef militaire issu du peuple, profondément lié à son territoire. Son engagement a contribué à poser les bases militaires et politiques de la Serbie moderne, dans une période où chaque victoire avait une portée symbolique considérable.

À côté des figures de guerre, Požarevac a aussi donné au monde une voix artistique singulière avec Milena Pavlović-Barili (1909–1945). Peintre et poétesse, elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des artistes serbes les plus importantes du XXᵉ siècle. Son œuvre, nourrie de surréalisme, de symbolisme et d’influences européennes et américaines, dépasse les frontières nationales. Installée notamment à Paris puis à New York, elle collabore avec des magazines de mode et impose un style visuel unique, faisant entrer l’art serbe dans les cercles culturels internationaux.

Enfin, dans le domaine du cinéma, Mihajlo « Bata » Paskaljević (1947–2020) s’est imposé comme l’un des réalisateurs serbes les plus respectés. Ses films, souvent ancrés dans le réalisme social, interrogent la condition humaine, les fractures de la société et les conséquences de l’histoire sur les individus. Sélectionné et primé dans de nombreux festivals internationaux, il a contribué à donner au cinéma serbe une reconnaissance mondiale, en portant des récits locaux à une portée universelle.

Vie nocturne et ambiance à Požarevac

Požarevac ne dort jamais vraiment. Quand le soleil se couche, la ville se transforme et révèle une autre facette de son énergie vibrante.

Pour les amateurs de musique et de danse, Diskoteka Madonna est l’un des lieux incontournables de la vie nocturne locale. Cette discothèque, connue de longue date dans la ville, est réputée pour son ambiance électrisante, ses pistes de danse animées et ses soirées qui s’étendent jusqu’au petit matin. Très appréciée des habitants comme des visiteurs, la Madonna reste un symbole de la fête estivale à Požarevac — un espace où rythmes modernes et rencontres se mêlent dans un tourbillon de musique et de joie de vivre.

Quand l’hiver arrive, Požarevac ne perd rien de son dynamisme. Parmi les boîtes de la saison froide, Rolex est souvent mentionnée comme l’une des adresses préférées des noctambules locaux, connues pour ses soirées animées et sa clientèle fidèle — un lieu où la fête continue même lorsque la température descend.

Restaurants et ambiances

Pour une soirée plus raffinée ou un dîner de haute qualité, Villa Jelena est une adresse à ne pas manquer. Ce restaurant reconnu pour son atmosphère conviviale, son service soigné et sa cuisine de qualité premium offre une expérience gastronomique mémorable à Požarevac. Souvent choisi pour des occasions spéciales, il combine une ambiance chaleureuse avec des plats soigneusement préparés, parfait pour une soirée entre amis ou en famille.

Autre lieu apprécié des gourmets, Restoran Preporod est un établissement original qui se distingue par son engagement social : il emploie notamment des personnes issues de la prison de Zabela pour des peines mineures, favorisant leur réinsertion dans un cadre professionnel. Cette initiative lui confère une dimension humaine unique dans le paysage culinaire de Požarevac.

Požarevac possède cette subtilité rare : elle paraît modeste, mais ses pierres racontent des empires. Elle ne revendique pas la grandeur ; elle l’incarne. Elle ne cherche pas la gloire ; elle la rappelle. Les empires y sont passés, les lignes de front aussi, et pourtant la ville avance, droite comme l’étoile de Čačalica.

À Požarevac, tout est à taille humaine, sauf l’empreinte qu’elle laisse.

Nikola Dimitrijević, 12 janvier 2026

SEO et édition : Milica KLAJIC 

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