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Tourisme

Jagodina, perle méconnue du centre de la Serbie

Découvrez Jagodina, une ville historique au cœur de la Serbie. Entre patrimoine, musées, gastronomie et nature, explorez cette perle méconnue de la vallée de la Morava. Histoire et patrimoine de Jagodina De la route romaine aux dynasties serbes Au cœur de la vallée de la Morava, se trouve Jagodina, une cité à l’histoire ancienne et au charme discret. Mentionnée pour la première fois au XIVᵉ siècle dans les documents de la princesse Milica, Jagodina doit son importance à sa position stratégique à côté de l’ancienne route romaine reliant Rome à Constantinople en passant par la vallée de Morava.  Encore aujourd’hui, les environs regorgent de sites archéologiques peu connus, notamment autour de Rekovac, témoignant de la richesse historique de la région. Grâce à sa situation géographique et à son dynamisme, Jagodina a toujours joué un rôle clé — que ce soit à l’époque ottomane, pendant les insurrections serbes de Karadjordje et du prince Miloš, ou plus tard au temps du royaume de Yougoslavie. Le district du Pomoravlje, dont Jagodina est la capitale, fut alors un centre d’activité économique et culturelle important. De l’artisanat à l’industrie : l’essor de Jagodina L’arrivée de immigrés slovaques, tchèques et d’autres peuples d’Europe centrale a contribué à l’essor industriel et intellectuel de la ville. Très vite, Jagodina s’est distinguée dans la production et l’exportation de produits de boucherie – porc, poulet et dinde – grâce à des entreprises renommées comme Klefiš et Yuhor. Cette spécialisation a d’ailleurs valu aux habitants un surnom affectueux : les “dindons” de Jagodina.  L’une des premières brasseries serbes y a vu le jour en 1852 et a fonctionné jusqu’aux années 2010. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville s’est modernisée à grande vitesse, portée par la célèbre usine de câbles, jadis un fleuron de l’industrie yougoslave que le maréchal Tito aimait présenter aux dirigeants du mouvement des pays non alignés. Jagodina, centre éducatif et culturel de la vallée de la Morava Aujourd’hui, malgré la baisse démographique qui a suivi les guerres yougoslaves, Jagodina reste le centre administratif et culturel du Pomoravlje. Elle abrite l’une des plus anciennes facultés de pédagogie de Serbie, rattachée à l’université de Kragujevac, qui forme depuis 1898 presque un siècle et demi des générations d’instituteurs et d’éducateurs. Que faire et que voir à Jagodina ? Pour une ville d’environ 10 000 habitants, Jagodina surprend par sa vitalité culturelle : trois musées y accueillent les visiteurs. Le Musée de l’art naïf, connu dans le monde entier, le Musée du patrimoine retraçant 6 000 ans d’histoire régionale, et enfin le Musée de cire, qui présente les figures les plus marquantes de l’histoire serbe. Le parc municipal, avec sa cascade artificielle, est un lieu de promenade incontournable, tout comme le célèbre Aqua Park, ouvert en 2009, l’un des premier du genre en Serbie. À proximité, la route des vins de Levač et Lozovik invite à la découverte des vignobles et villages alentour. Pour les amateurs d’animation, Jagodina accueille chaque année l’Animator Fest, le festival international du film d’animation. Cet événement incontournable réunit des réalisateurs, étudiants, passionnés et professionnels venus de toute l’Europe pour célébrer la créativité et l’innovation dans le cinéma d’animation. Organisé au Centre Culturel de Jagodina, le festival propose des projections, des ateliers, des rencontres professionnelles ainsi que des compétitions officielles mettant en lumière de jeunes talents comme des artistes reconnus. Image : Cveleglg, licence CC BY 4.0. Où manger et sortir à Jagodina ? Pour goûter aux saveurs locales, rien ne vaut un dîner au restaurant Etno Konak, qui offre une vue panoramique sur la ville et des plats traditionnels.  Les amateurs d’ambiance chic apprécieront le R Club, tandis que les bars Status et Skver sont les lieux parfaits pour observer la vie locale et écouter les dernières nouvelles de la ville. La légende du dindon de Jagodina Mais pourquoi donc appelle-t-on les habitants de Jagodina “les dindons” ? La légende raconte qu’un jour, un dindon fut percuté par un train : sa tête tomba à Jagodina, ses entrailles à Ćuprija et son foie à Paraćin. Depuis, les habitants de Jagodina sont surnommés les Ćurani (les dindons), ceux de Ćuprija les Crevari (les gens des entrailles) et ceux de Paraćin les Džigerani (les gens du foie). Une histoire savoureuse qui témoigne de l’humour typiquement serbe. Sport et personnalités de Jagodina Image : Ванилица — sous  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International Impossible d’évoquer Jagodina sans mentionner son club de football, qui a remporté la Coupe de Serbie en 2013, inscrivant la ville dans la légende sportive nationale. Personnalité connue liée à Jagodina Le légendaire Milosav Mitrović (1892–1961), surnommé Laosa, qui, depuis les années 1950, est devenu le symbole de la brasserie de Jagodina, était un grand amateur de bière — et c’était la seule boisson qu’il consomma jusqu’à la fin de sa vie. Il est né et a vécu dans le village de Dragovo. Il fut soldat pendant les guerres de 1914–1918, au cours desquelles il fut grièvement blessé, ce qui entraîna l’amputation de ses deux jambes. Selon les chroniques de Dragovo, écrites par Milosav Simić, Laosa était l’une des personnalités les plus aimées de ce village de la région de Rekovac. Il séjournait souvent à Jagodina. Il possédait une calèche et des chevaux, et aimait se promener pour aller boire de la bière dans le célèbre café Šarena kafana. Entre patrimoine historique, traditions culinaires, musées uniques et ambiance locale chaleureuse, Jagodina incarne à merveille l’âme de la Serbie centrale. Cette destination discrète offre une immersion authentique dans la culture serbe, loin des circuits touristiques classiques. Nemanja Dimitrijevic, 26 novembre 2025 Liens utile:  Site officielle: Град Јагодина – Град будућности – Насловна страница – Добродошли Centre Aquatique: Aqua Park Jagodina Animator Fest: Animator Fest Jagodina Srbija Image de couverture : Ванилица — sous  Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International

Culture

Quand les pas se répondent à Prnjavor

Une soirée CIOFF qui célèbre la tradition et l’amitié entre les peuples Note d’intention — Cet article n’a pas vocation à tout expliquer. Il veut surtout donner envie : envie de (re)découvrir les danses traditionnelles, d’aller voir un spectacle, de soutenir les troupes et, pour nous, de porter haut la culture serbe. Prnjavor (Mačva, Serbie), 8 août 2025 — Au Centre culturel de Prnjavor, le temps d’un soir, la scène s’est faite carrefour des traditions. Costumes chatoyants, rythmes entêtants, regards complices : une salle entière a vibré au même tempo. À propos du CIOFF Le CIOFF (Conseil international des organisations de festivals de folklore et d’arts traditionnels) réunit festivals, ensembles et passionnés pour préserver, promouvoir et transmettre les cultures populaires du monde. Sa marque de fabrique : la rencontre par la scène, dans le respect des identités et l’envie du partage. Une salle qui rassemble Le spectacle s’est déroulé en salle, sur scène, dans une configuration proche du théâtre : entrées nettes, jeux de lumière précis, enchaînements millimétrés. L’impression d’ensemble ? Une mise en valeur exigeante des artistes et des folklores, servie par une organisation fluide. Djenka, le maître de cérémonie Hommage appuyé à Djenka, présentateur et véritable fil conducteur de la soirée. Tenues changeantes — parfois aux couleurs de la Serbie, parfois en clin d’œil aux pays invités —, sens du rythme, humour discret : il a introduit chaque troupe, honoré les danseurs et entraîné le public avec brio. À chaque passage, un mot juste ; à chaque final, un sourire partagé. Les troupes : temps forts et impressions Argentine — La pulsation du partage Une énergie chaleureuse, quasi familiale. On sent les générations qui se répondent, le geste hérité et réinventé. Les frappes de talons appellent, la salle répond : cercle vertueux qui laisse, longtemps, un sourire sur les lèvres. Russie — Lignes pures, souffle coupé Jeunesse ardente, port altier, précision des lignes. Portés et entrechats flirtent avec la virtuosité gymnique, sans jamais perdre la musicalité du folklore. Plusieurs moments suspendus, suivis d’applaudissements francs. Chypre — L’art de la mesure Ici, l’élégance se niche dans le détail : accessoires tenus avec soin, entrées mesurées, sorties feutrées. Une chorégraphie où chaque silence compte, où le collectif prime sur l’esbroufe. Une île, une âme. France (Bretagne) — Le sel du vent Cercles serrés, mains liées, cadence obsédante : la Bretagne n’explique rien, elle entraîne. On se surprend à battre la mesure, comme happé par un bal intérieur. Republika Srpska — Fierté et précision Des lignes impeccables, des accents justes, une tenue irréprochable. Ce mélange de discipline et de joie qui fait l’éclat des grands ensembles : l’unisson comme promesse, le costume comme fête. Serbie — La maison, les racines Quand les troupes serbes entrent, la salle se transforme. Puissance des rythmes, joie des kola qui se forment, assurance des pas transmis. C’est chez nous, et c’est ouvert à tous : l’hospitalité serbe, en musique et en mouvement. Le moment d’hommage  Point d’orgue : chaque troupe a repris un motif serbe en l’alliant à sa grammaire chorégraphique. Une variation sur le kolo* comme un salut au pays d’accueil : respect de la tradition, liberté de l’interprétation. Unité dans la diversité — l’esprit CIOFF, en acte. Pourquoi cela compte (pour la FJSE) Pour la Fédération des Jeunes Serbes d’Europe, cette soirée est un pont : entre jeunesses d’Europe, entre mémoires familiales et scène d’aujourd’hui, entre la Serbie que nous portons et la curiosité que nous revendiquons. La tradition n’est pas un musée : elle respire quand on danse, elle se transmet quand on invite l’autre à entrer dans la ronde. Merci  Merci au CIOFF pour l’invitation et la confiance. Merci au Centre culturel de Prnjavor pour l’accueil soigné. Merci aux ensembles pour leur générosité. Et merci, surtout, à « Djenka » : votre art de présenter, de relier et d’honorer artistes comme public a donné son tempo à la soirée. *Encadré — Le kolo, en très bref Le kolo est une danse serbe collective, en ronde ou en chaîne, où l’on se tient par la main et où l’on évolue sur des motifs répétitifs à la précision rythmique redoutable. Il en existe de nombreuses variantes régionales. Sa force tient à sa simplicité apparente et à son pouvoir de lien. Stefan Mijajlovic, 19 novembre 2025

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